Je découvre hier, ou plus justement je redécouvre dans ma bibliothèque, le livre « Le Fou » de Gébrane Khalil Gébrane et je l’ouvre au hasard sur sa première parabole …
Ô Hasard ! Cher Hasard ! Voici que tu relances à ma mémoire  mes masques peints en 2006  … Le regard du poète colle si bien au ressenti à cœur de moi que je ne peux que partager …
Voici tout d’abord la parabole « Le Fou » de Gébrane Khalil Gébrane 
et dans un deuxième temps
je vous propose le regard de « mavag » des jours de sa création de peinture ….
Bonne lecture à vous chères « tavag » qui courraient sur l’Océan de la Vie ….

LE FOU 
Gébrane Khalil Gébrane

 

4 mars 2006- Normes-feu-Phare-Lumière

Vous voulez savoir comment je suis devenu fou ?

Voici comment cela arriva : un jour, bien avant que les nombreux dieux ne fussent nés, je me suis réveillé d’un profond sommeil et vis que tous mes masques –les maques que j’avais façonnés et portés au cours de mes sept vies –avaient été volés. J’ai couru, sans masque, dans les rues encombrées en criant : « Voleurs, voleurs, maudits voleurs ! « 

Hommes et femmes se moquèrent ; certains, effrayés de ma présence, s’enfermèrent chez eux.

Lorsque j’arrivai à la place du marché, un adolescent, debout sur un toit, s’écria ; « C’est un fou ! ». J’ai levé les yeux pour le regarder : le soleil embrassa mon visage, nu pour la première fois, mon âme s’enflamma d’amour pour le soleil et je ne voulus plus de masques. Et, comme en transes, je criai : « Bénis, bénis soient les voleurs qui m’ont volé mes maques ! »

Ainsi je devins fou.

Dans ma folie, j’ai trouvé liberté et quiétude ; la liberté de la solitude et la quiétude des incompris, parce que ceux qui nous comprennent asservissent quelque chose en nous.

Pourtant, je n’ai pas à tirer vanité de ma quiétude : un voleur en prison est à l’abri d’un autre voleur

 

Création et regard de « mavag » sur Peinture 

Extrait du livre de « mavag » 
6°partie : Voyage en hormonothérapie et en chimiothérapie douce/ de la folie médicamenteuse allégée à la liberté intérieure
p 75 –adieu aux normes !
p 78 – corps rééquilibre pour phare lumière

Première partie de peinture- 2006

adieu aux normes
La force créatrice frappe à mon bras, lui demande de faire fi de ses tiraillements encore loquaces et de peindre.
« Normes : feu ! » pénètre la feuille blanche par une série de masques, en cascade, cinq dans les tons jaunes, du plus ocre au plus clair, puis un violet, un bleu primaire, un bleu turquoise, émanant d’une source lointaine côté angle supérieur gauche de la feuille. Derrière ces visages de carton, mes personnages de la Divine Comédie défilent : les jaunes émotionnels perturbés mais de plus en plus clairs, le violet chercheur d’une Autorité montée sur piédestal, le bleu, féminin, personnage douceur, obéissance, et le dernier né, un plus décalé, plus central, bleu turquoise, couleur d’harmonie.

Je descends dans l’espace de ma toile. La ville, l’église, se forment sous les cache-visages, toutes les normes protectrices suintent par les ouvertures de la chapelle -sur son parvis-, aux tours d’habitation – par leurs fenêtres, sur leurs toits-. Je savoure autant les couleurs de terre ocre, rouge, violet, que le feu et le vent du balayage qui descendent de mes masques et me déchargent de mes poids. Ville morte désertée, sans foi, ni loi, ville-fantôme, leurre de mes peurs vous glissez vers les profondeurs de la terre !

La terre s’ouvre. Le magma brûlant et les flammes dévorantes remontent et déjà lèchent le pied de la croix enchaînée à sa souffrance. Ma croix, orgueil judéo-chrétien, épurée mais non encore dépassée, a inondé toute ma culture de la ville à l’église et a si longtemps pesé sur mes épaules dans ce parcours de vie. Je m’en délies douceur, force, respiration. J’ai de longues minutes travaillé, caressé, soufflé sur ces vent et feu purificateurs.

A la ligne médiane du tableau. je n’ai plus rien à ajouter.
Blanc de la feuille vierge. Blanc de l’imprévu, de l’inconnu. Je laisse ce vide. Il exprime parfaitement ma sensation de départ. Je quitte ma vie lycée, ma vie obligations, les contraintes de la ville. Je commence l’écoute de moi et de Moi.
Rééquilibrage physique et mental. Lâcher de stress, apaisement. Je me re-murmure Confiance.

4 mars 2006- Normes-feu-Phare-Lumière

corps rééquilibre pour phare lumière
Ce 4 mars, un rêve entérine cette ouverture. Devant le salon de notre maison, la fillette aux longs cheveux dépose sur le tablier blanc de la fenêtre le fruit de ses recherches : un 4° coquillage, une nouvelle conque or, marron clair et blanc.
Là-haut, appuyée sur le rebord de la rambarde blanche qui protège le dôme de verre-Lumière, Moi. Je Me penche, agite Ma main, me hèle et me fais « coucou », un signe de complicité, d’alliance, avec moi qui vaque en bas du phare, lieu plus sombre, granit gris à l’extérieur mais intérieur éclairé par Ma Lumière d’en haut.
Profonde joie des coquillages, du phare, de ma présence « Moi et moi » en un lien de guidance : Je suis mon propre phare.
La zone vierge de « Normes : feu ! » a trouvé son occupant.

Je sais que le phare occupera cet espace mais je laisse venir à moi la couleur. Ce choix me défait du granit sombre du rêve pour un phare lumineux, de pierre blanche, largement visible de très loin. Du haut de ses trois niveaux, il montre à la pleine mer : la terre, la dangerosité de son accès, informe vagues et bateaux des zones rocheuses, de la côte découpée, des risques de bancs de sable où s’échouer … Je crée ciel et mer, vagues qui lèchent les murs de la bâtisse, océan dans lequel je me fonds goutte d’eau, vague associée à ses autres vagues. Je finis ma peinture « Normes : feu ! Phare-Lumière » par l’éclairage de Moi. Je peine pour diffuser Ma Lumière du haut de cet édifice. J’absorbe du masque harmonie. Me méfierais-je de cette couleur turquoise ? J’alterne puis mêle blanc et or. Impossible de rencontrer mon rêve de cette Force Éclairante. A trop l’exalter, à trop tourner mon pinceau en haut de la coupole, je m’apprête à envahir le masque bleu de Marie.
Stop, J’arrête ! Cet arrêt est libératoire de mon abus de vouloir sur la peinture, sur ma création, mais me laisse dans l’immédiat un goût d’imperfection, de gâchis de l’œuvre. Ce n’est pas encore mon moment où Tout S’éclaire. L’idée précieuse de cet Allié en moi, chemine mais n’est pas aboutie.
A méditer sur ma peinture ainsi brutalement achevée je reste étonnée de sa complétude, de sa richesse, de cette abstraction dépassée, de ce surréalisme présent. Et La force du tableau me travaille au ventre.