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Naissance : Récit d’une incarnation

De notre vie, nous ne gardons en mémoire que nos premiers souvenirs conscients. Aussi, les circonstances de notre incarnation et son processus demeurent un grand mystère. Est-il possible de comprendre davantage la genèse de notre existence ?

Tout commence avec un petit têtard de quelques millièmes accueilli par un ovocyte… Rencontre explosive s’il en est ! En huit semaines, le couple unicellulaire compte désormais huit milliards de cellules, qui formeront plus tard un petit être humain. Et si la conception d’un enfant ne se limitait pas à la création d’une enveloppe physique, mais engageait des réalités qui nous mènent aux vastes questions de la nature de l’âme et du sens de notre incarnation ? Entre sciences et spiritualités, que sait-on aujourd’hui ? Il y a plus de 20 ans, Daniel Meurois et Anne Givaudan écrivaient « Les neuf marches », un ouvrage qui fait aujourd’hui référence. Ils furent parmi les premiers à partager leurs « voyages astraux » – une expérience pendant laquelle l’esprit se dissocie du corps physique, se déplaçant librement à travers le temps et l’espace – à une époque où le sujet était réservé à quelques initiés. Un jour, un guide leur a proposé de suivre un périple… Celui d’une âme prête à s’incarner. Ainsi, lors de sessions de sorties hors du corps, ils ont fait la connaissance d’une âme prénommée « Rebecca ». Elle les a régulièrement invités à la suivre lors des grandes étapes qui la séparaient de la naissance…

Les âmes se choisissent
Cette autre histoire de la vie commence par un « appel » impérieux. De l’autre côté du miroir, l’âme à naître sur terre coule des jours tranquilles sur son plan vibratoire, qui correspond à ses désirs, où elle se sent bien… Anne Givaudan explique que le choix de s’incarner résulte de la conjugaison de trois éléments : « À un moment donné, un peu comme une personne sur le point de mourir – de quitter la terre – l’âme commence à ressentir un désintérêt pour ce monde. Elle est aussi appelée, pour continuer une histoire non terminée, et apporter quelque chose à la planète. Enfin, en parallèle, s’opère un phénomène presque “physique”, une sorte d’aimantation vers un lieu, une famille, une histoire… »
Lors d’une de leurs rencontres dans les plans subtils, Rebecca explique à Anne et Daniel que son corps augmente en densité. Ce changement vibratoire rend plus pesant l’état de veille et plus difficile la clarté de conscience : « J’ai compris que quelque chose changeait dans mon âme. Simultanément, la notion de jours qui passent a de nouveau envahi tout mon être. (…) Je me suis réveillée avec, en tête des images très fortes (…) Mes amis [ou guides, Ndlr] m’ont dit que j’avais été attirée par des âmes dont j’étais proche, et dont je ne connaissais plus l’existence, que j’étais un peu comme de la limaille de fer qui commençait à se laisser prendre par un aimant. » Ainsi, l’âme serait « attirée » par un lieu, une famille, une histoire, sélectionnés pour permettre l’évolution. Elle choisira aussi sa forme : masculine ou féminine. Une vision corroborée par Daniel Kieffer, auteur et conférencier spécialisé depuis plus de 40 ans dans différents aspects de la santé holistique : « D’une part, l’âme choisit ses parents dans l’objectif de réunir les meilleures conditions possibles pour la suite de ses expériences, mais au-delà du karma personnel et aussi le karma familial. De nos jours, les réincarnations se font presque toujours par groupe et c’est au sein du groupe (la famille en premier lieu, puis les autres groupes auxquels la personne participera) que l’évolution est la plus propice. Ainsi, tel parent aura peut-être été notre enfant précédemment, tel enfant aura été tel frère ou telle soeur… »
Simultanément, les futurs parents font eux aussi le choix d’accueillir un enfant. Durant le sommeil, leurs âmes abandonneraient leur corps pour se rencontrer dans d’autres plans, et passer une sorte d’« accord ». Cette étape a lieu plusieurs mois avant la conception, comme le précise Anne Givaudan : « Les parents se rencontrent sur les plans subtils trois mois avant la conception pour décider de cette “alliance charnelle”, une condition pour qu’il y ait une conception physique par la suite. »

Une matrice énergétique

C’est alors que démarre la phase préparatoire. Tandis que l’âme observe toujours de l’extérieur ses futurs parents, dans le monde subtil les éléments s’activent pour accueillir le foetus, préparant un véritable « nid » énergétique : « Un moule que l’on peut nommer “le double éthérique” dans lequel la matière de chaque cellule, de chaque organe va prendre forme et vie », explique Daniel Kieffer. Cette notion rappelle les travaux de physiciens quantiques, tels Rupert Sheldrake et David Bohm. Ils avancent que toute « forme » rendue visible n’est que la partie matérialisée d’une énergie, d’un champ nommé « champ morphique » ou « morphogénétique ». Ce champ est tel « une matrice » de matière subtile, donc bioénergétique qui attire à elle les particules et les atomes, qui, correctement agencés, révéleront la matière rendue visible…

L’âme serait “attirée” par un lieu, une famille, une histoire, sélectionnés pour permettre l’évolution.

Comme trois consciences suspendues, dans la chambre de la future mère, Daniel Meurois, Anne Givaudan et Rebecca ont assisté à la conception de cette « matrice énergétique ». Autour du ventre maternel, dans un courant horizontal semblant venir de la terre, s’activent et pénètrent des « étincelles » violettes, présentées par Rebecca comme des « germes issus de l’énergie tellurique ». Ce puzzle en cours d’assemblage serait confectionné de concert par l’âme, et les éléments de la nature : l’eau, le feu, la terre et l’air. « Tous les êtres de la nature, qu’on a relégué dans les imageries infantiles – les elfes, les fées, les gnomes, qui sont liés à un élément, comme la terre pour les gnomes, l’air pour les elfes – vont construire les organes éthériques qui correspondent à cet élément-là. Il y a beaucoup de monde autour du ventre de la maman, d’énergies, d’histoires qui se passent », précise Anne Givaudan. Daniel Kieffer ajoute que l’on retrouve une vision analogue dans plusieurs traditions : « Les chrétiens, comme les kabbalistes, les soufis ou les maîtres tibétains les connaissent comme des êtres ou vies dont la conscience est hiérarchisée. » Puis sur le plan physique, avec la formation des organes, coïncident des « paliers » qui lient progressivement l’âme à son nouveau corps. Pour Anne Givaudan, la rate permettra une absorption de l’énergie vitale, qui donnera l’énergie au corps subtil. Si cet organe n’a pas une importance capitale au plan physiologique – on peut tout à fait vivre sans – elle est capitale au point de vue énergétique, comme l’explique Daniel Kieffer : « Les sciences initiatiques en font l’organe d’ancrage du corps éthérique ; elle est un peu comme la citerne, la réserve de vitalité, d’énergie (le qi des chinois, le prâna de l’Inde). Or, le corps éthérique (ou véhicule énergétique du corps physique, sa matrice) est porteur de forces formatrices toutes particulièrement importantes durant les neuf mois de construction physique de l’enfant. En acupuncture comme en qi gong, on prend grand soin de la rate… » Puis, lorsque la formation du coeur marque les premières incursions de l’âme dans le corps physique. « Elle s’ancre de plus en plus fermement au foetus, et tout particulièrement au moment où le coeur se met à battre. “Un fil de vie” relie l’âme en effet, ancré dans le ventricule droit du coeur, et ceci jusqu’à la mort » , complète le spécialiste.
Au cours des premiers mois de la grossesse, l’âme ferait des allers-retours entre les plans. Dans l’invisible, une relation se tisse entre les protagonistes. L’âme vient observer ses parents, dont elle ressent la moindre inquiétude, la moindre douleur physique. Elle est alors en mesure de leur prodiguer des soins. Anne Givaudan ajoute que « l’entité qui s’incarne va toujours essayer de communiquer avec sa mère, elle passera à travers ses rêves surtout. À ces moments, elle en profitera pour lui dire comment elle aimerait que ça se passe, ses souhaits pour sa naissance, et faire connaissance. Il arrive que l’âme souffle le prénom à la maman, au papa, à un proche. Certaines entités ont vraiment besoin d’une sonorité. »

Les échanges physiologiques avec les parents

Une véritable interactivité, sur les plans physiques se met aussi en place. Thomas Verny est un psychiatre, auteur de « La vie secrète de l’enfant avant la naissance » (Éd. Grasset). Précurseur en matière de psychologie pré et périnatale, il est l’un des premiers à avoir démontré que la vie est un continuum qui commence avant la naissance (on pensait autrefois, que la conscience n’existait pas in utero). Il explique qu’« il n’existe pas de séparation entre l’esprit et le corps, mais une entité unique corps-esprit, et ce concept lorsqu’il est relatif à la femme enceinte, inclut l’enfant à naître. Tout ce qu’elle 

Avec la formation des organes, coïncident des “paliers” qui lient progressivement l’âme à son nouveau corps.

expérimente est aussi vécu par l’enfant. Également, ce que vit l’enfant à naître est de façons multiples – au travers des hormones ou du système sanguin, par exemple – transmis à la mère dans un système interactif ». Le biologiste Bruce Lipton, dont les recherches ont porté sur la plasticité protéique de l’ADN, a quant à lui bouleversé toutes les théories génétiques préalables, par la confirmation d’observations cliniques ayant conduit à l’hypothèse d’une plasticité génétique interactive entre la mère et le foetus… Il explique, en effet, que de nombreuses cellules souches de l’embryon sont retrouvées dans l’organisme de la mère (et inversement), participant à la régénération de certains de ses organes. Dans une interview sur son site internet, il avance que les cellules de la mère et de l’enfant « sont connectées, et puisque les cellules sont le réceptacle de l’identité, elles font une lecture de ces deux individus. Une mère est donc toujours connectée à son enfant, même lorsque celui-ci a quitté le domicile familial des années plus tard. »
L’implication du père dans une grossesse qui se joue donc à trois a aussi un impact sur le développement de l’être en devenir. Rebecca raconte ainsi regretter que son père ne soit pas « enceint » d’elle : « Bientôt mon futur corps va avoir besoin de son énergie masculine. Peut-être s’imagine-t-il que c’est ma mère seule qui va lui donner ce dont il a besoin. Et pourtant, c’est par son amour à lui et par sa disponibilité que ses différents corps vont polariser correctement tout le côté droit de mon corps. Si cela ne se fait pas aisément, il faudra que je me débrouille car j’aurai sans doute un peu plus de mal à m’affirmer dans certaines situations très concrètes. » Le côté droit, le yang de la personne en médecine chinoise, est notamment associé à notre façon de nous positionner, d’avancer en société. Et Daniel Kieffer d’ajouter que « les travaux de Frans Veldman ont montré combien sa voix et la présence bienveillante du père étaient précieux pour le développement psychologique de l’enfant ; tout l’art de l’haptonomie prénatale est de partager les influences positives de la mère et du père durant la grossesse : pour exemple, la voix du père, si celui-ci a souvent chanté ou lu des textes près du ventre de sa compagne, sera toujours perçue comme bénéfique, apaisante et résiliente une fois l’enfant né, et ceci pour de longues années. La voix est comme mémorisée dans sa fréquence “animus”, masculine, porteuse d’encouragement et de paix… » Aussi, les parents en devenir ont-ils des responsabilités multiples, tant sur le plan de l’alimentation (de la mère et du père, pour la conception), de l’environnement énergétique pour optimiser la construction de son corps éthérique, de leurs émotions, de leurs pensées, et de leur spiritualité pour optimiser le processus global de l’incarnation.

Le foetus comme mémoire vive

Sur un plan purement biologique, les scientifiques ont démontré que le développement physique du foetus a pour particularité de reproduire à son échelle, à la fois le processus d’évolution de l’espèce humaine (apparition du cerveau reptilien, limbique, puis du néocortex) et de tout le vivant (de la bactérie au végétal, aux animaux plus complexes). Daniel Kieffer précise qu’« on peut conclure sans se tromper que chaque incarnation reproduit en quelque sorte tout le processus évolutif de l’espèce humaine et que l’âme incarnée est porteuse de la mémoire de l’humanité, et probablement même des quelque 14,5 milliards d’années de l’univers… »

Pour l’âme qui vient du ciel, la naissance est une mort.
– Empédocle

Une preuve que nous ne naissons pas comme des « pages blanches » ? Le poète Khalil Gibran a écrit dans Le Prophète : « Vos enfants ne sont pas vos enfants mais les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même, ils viennent à travers vous mais non de vous, et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas… » Rebecca insiste sur ce point : le foetus puis nourrisson, aussi fragile et dépendant soit-il, abrite en réalité une âme adulte, avec son histoire propre, qui a aussi besoin d’être reconnue et considérée comme telle : « Dites-le à tous les parents afin qu’ils le sachent. L’âme qu’ils accueillent n’est pas vierge, elle est une mémoire vive. »
Stanislas Dehaene, docteur en psychologie cognitive, confirme par le biais de ses recherches la maturité du cerveau et son incroyable habilité à comprendre le monde qui l’entoure : « La vision du cerveau comme une ardoise vierge qui, très progressivement acquerrait des connaissances (…) est dépassée. Le cerveau de l’enfant, dès la naissance, est extrêmement organisé. » Il ajoute qu’il comprend, avant de pouvoir exprimer « dès six mois de vie, il aura convergé vers les voyelles de la langue maternelle. Il aura commencé à apprendre ses premiers mots. Il n’aura pas commencé à parler mais la compréhension précède la production »« Pour l’âme qui vient du ciel, la naissance est une mort. » Cette citation empruntée à Empédocle, philosophe grec (500 ans avant J.-C.), illustre ce dont Rebecca fait part dans « Les neuf marches ». Si la mort nous paraît être la plus difficile des épreuves, Anne Givaudan explique que la naissance est, en réalité, un passage tout aussi ardu, notamment parce que nous passons de l’unité à la dualité : « Pendant neuf mois, on se pose des questions, on commence à être coincé dans un corps physique, on va vers l’inconnu, on s’adapte à une nouvelle civilisation, de nouveaux parents, on redoute d’oublier ce qu’on est venu faire “ici”… C’est un parcours qui n’est pas facile. » Au moment de la naissance, la première bouffée d’air marque l’ultime étape de l’incarnation comme le précise Daniel Kieffer, citant Rudolf Steiner (père de la médecine anthroposophique) : « Il disait à peu de chose près que “cette inspiration est comme un sceau qui grave l’instant de l’incarnation de l’âme via le sang, grâce aux poumons, moment unique qui fixe en quelque sorte la carte céleste (la place exacte des astres et leurs influences en tant que forces astrologiques) du moment de la naissance”. »

Le sourire de l’ange

À la naissance et durant quelques mois, l’enfant « sourit aux anges » dit-on : « Il reste en lien mémoriel avec le monde de lumière, l’univers spirituel d’où il vient. Toutefois, son véhicule sensoriel physique et son mental n’étant pas développés, il ne peut exprimer cette mémoire, cette conscience, autrement que par le sourire, ou par la confiance inconditionnelle qu’il porte à ses parents par exemple », explique Daniel Kieffer.
Progressivement, les souvenirs de ce passage s’effacent… Dans la tradition juive, il est parfois dit que le creux au-dessus de la bouche (le phitrum) serait l’empreinte de l’ange venu nous faire oublier… pour mieux apprendre ? L’enfant est alors confronté à ce pour quoi il est venu s’incarner, avec son lot d’épreuves, dans un but unique : « Se reconnecter avec son âme, faire un avec le grand Tout, mais pourquoi ? C’est l’amour qui est derrière. Ce mot a été galvaudé mais il y a une essence amoureuse en chacun, une lumière. Chacun est en train de la réveiller, de la recontacter de façon à ce que le monde qui est en lui corresponde à la lumière qui est en lui », conclut Anne Givaudan.

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